Je ne crois pas avoir souvent été vraiment inactif, et l'idée même m'intrigue.
L'oisiveté… Est-ce une incapacité à agir, ou simplement l'absence de tout désir de faire quelque chose de « productif » ? Et si le vrai repos n'était pas le vide, mais un esprit déchargé, libéré de l'anxiété et de la pression incessante d'optimiser chaque instant ? Dès l'enfance, on nous apprend à fuir l'oisiveté à tout prix. On l'assimile à la paresse, voire à la dépression. Alors, lorsque nous nous sentons improductifs, la culpabilité ne tarde pas à nous envahir : un rappel de plus que nous n'en faisons pas assez, que nous ne sommes pas à la hauteur.
Nous sommes constamment distraits : par les écrans, l’envie de consommer, le besoin de performer, d’optimiser. Distraits de l’invitation la plus essentielle de la vie : simplement exister.
Quand on a pris mon irritation ou mon désintérêt pour de l'oisiveté, il n'en était rien. Ces moments étaient empreints d'une trop grande intensité. Une multitude de désirs s'entrechoquaient, une émotion trop forte pour être contenue : colère, tristesse, indécision. Ce n'est pas de l'oisiveté. Ce n'est pas de l'inertie. L'oisiveté, au sens le plus pur du terme, est le luxe suprême.
Lâcher prise, se détacher de toute tâche, de tout sentiment, de tout souci, même un instant, et simplement être, est rare.
Il y a quelques années, un ami m'a offert des séances en caisson d'isolation sensorielle*. Je m'attendais à un certain inconfort, craignant la claustrophobie, mais j'ai découvert autre chose : une immobilité enveloppante, un silence paisible. Je ne ressentais rien, j'étais à la fois hors de mon corps et en parfaite harmonie avec moi-même. Cela m'a rappelé deux autres expériences rares similaires : flotter la nuit sur un lac et me retrouver seule dans le désert.
Dans ces moments-là, l'absence se mue en présence bouleversante. Non pas un vide, mais une vaste toile silencieuse. L'oisiveté, lorsqu'on l'aborde sans crainte, n'est pas un vide. C'est un doux seuil vers la présence.
*Si vous traversez une période de stress intense, de chagrin ou toute autre situation qui vous met mal à l'aise, je vous recommande à 100% d'essayer ceci.
PS : J’ai envisagé plusieurs façons d’illustrer cet article, mais finalement, j’ai choisi la photo d’une abeille « affairée » que j’ai aperçue en vacances : occupée dans son monde, tandis que je ne faisais rien du tout dans le mien.